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14 janvier 2000 5 14 /01 /janvier /2000 17:56





En Attendant l’algérie


Pièce de théâtre publiée aux éditions clandestines s.l.n.d
et dans la revue Passerelles n° 25, automne-hiver 2002, Revue d'Etudes Interculturelles.
Jouée notamment à la ferme du Bonheur à Nanterre, à l'Epée de bois (Cartoucherie de Vincennes) en 2001, à la Laiterie/Hall des chars en 2001


Personnage : Un seul comédien
Décor : un chantier, une table sur tréteau, un escabeau, une valise, un cahier…






I


(Récité en boucle en entrant sur scène)
un lieu qui n’a pas encore de lieu  et qui cherche




(1er écriteau)
Le lieu qui n’a
pas de lieu et
qui en cherche un




(Sur l’air de l’hymne algérien)
On l’a eu, notre drapeau, on l’a eu.

On l’a eu …oui, on l’a eu…
on l’a eu. Oui.

Maintenant,
comment allons-nous faire pour le partager ?
Ceux qui le détiennent
ont pénétré la maison du pouvoir
par la fenêtre de derrière.

Ils sont de ces hommes
qui ne laissent rien debout,
rien derrière et rien devant.
Puissants sur toutes choses,

jamais éprouvés dans leurs biens et dans leurs personnes,
ils font vivre et mourir qui ils veulent.
Sommes-nous venus au monde
pour être les serviteurs de maîtres sanguinaires
qui torturent, qui corrompent, qui éventrent, qui égorgent...
et qui n’oublieront jamais
de se teindre la barbe et de se parfumer ?

Ah qu’il est bon de s’endormir
sous le poids bienveillant du pouvoir.

(Versets du Coran dits en arabe, berbère et français)
Mais où que vous soyez, la mort vous
atteindra même si vous vous tenez dans des tours fortifiées :  Coran, sourate IV, verset 78.

L’algérie, l’histoire, les femmes, les langues, le pays,
amputés.
Tout un peuple désossé.
Hommes sans patrie à l’état de moisson sèche.
Mais que reste-t-il du peuple ? Que reste-t-il ?
De son commencement,  l’algérie est frustration.
Elle a cessé depuis longtemps d’être la nôtre.

Ldjazaïr, l’algérie  ça veut dire quoi ?
LES Iles... pas UNE  île, pas UN  parti, pas UNE religion, pas UNE  langue…
LES Iles....

Ce monceau de terre gît dans la trahison patronymique,
sans lieu ni date… SLND.

Réécoutons  ce lieu.
Au moins du nom de la trinité algérienne,
du berbère, de l’arabe et du français.
Un nom que l’on respecte vaut mieux qu’un compte en banque : Bertold Brecht.

Le berbère est une langue d’algérie,
l’arabe est une langue d’algérie,
le français est une langue d’algérie.
Pourquoi la langue de l’algérie n’est pas l’algérien ?
Cette langue de contrebande sonne-t-elle comme une injure à l’unité ?

Ldjazaïr,... l’espoir.
Un jour ce pays trouvera un nom propre.

(Jeu de marionnettes)
Devant vous ce soir,  les Marx brothers :
 Il y a un trésor dans la maison en face.
Mais il n’y a pas de maison en face.
On a qu’à la construire 
algérie, la maison d’en face.
algérie nous sortirons des ténèbres vers la lumière.

L’algérie, l’histoire, les femmes, les langues, le pays,
amputés.
Tout un peuple désossé.
Hommes sans patrie à l’état de moisson sèche.
Mais que reste-t-il du peuple ? Que reste-t-il ?
De son commencement,  l’algérie est frustration.
Elle a cessé depuis longtemps d’être la nôtre, merde.


Désormais, je ne l’appellerai plus algérie.
Elle sera Nedjma, l’histoire, les langues, les femmes, elle.

Et puis merde pourquoi retourner dans un orphelinat ?
On n’a pas quitté le pays. C’est lui qui nous a quitté.
Notre terre ne nous appartient pas.
Notre pays n’est pas pour nous.

Savez-vous où se trouvent les algériens ?
Dans la merde.
Savez-vous où se trouve la merde ?
Ni là-bas, ni ici.
Là-bas et ici.
Entre là-bas et ici.

(Sortant de sa poche une photo de sa mère
et l’accrochant au mur)


Voyez Son combat.

Les abcès de Nedjma n’ont pas encore été crevés :
en proie à la dictature, corruption, intégrismes, capitalisme débridé.
Le peuple victime est au service des bourreaux.
Presque 40 ans de prison et de honte.


Il chante Algérie 20 ans de Ferhat,
remplaçant 20 ans par 40 ans.



II


(Deuxième écriteau)
Qui connaît la vérité ?
Celui qui a frappé
et celui qui a reçu les coups




La culture est un terrain vague de grand style.
Qui sait encore à quoi ressemble un livre là-bas ?
Un livre ?… Un microbe idéologique et intellectuel, un fléau invisible, une mouche tsé tsé ?
Dans les manuels scolaires, l’histoire du pays commence à l’arrivée des Arabes et de l’Islam. Avant ...rien.
Au salon des livres, enfin au salon de quelques feuilles volantes,
les autorités achètent tout et découpent tout
et quand le public arrive,
le clinquant du vide, le clinquant des paroles trompeuses.

Les livres de médecine... : les jeunes médecins..., leurs livres sont opérés, les images du corps des hommes sont découpés de là à là (désignant le sexe des hommes). Les corps de femmes de là à là (désignant le sexe des femmes) et de là à là (désignant le buste des femmes).
Chez nous, les médecins sont les meilleurs spécialistes au monde…
des jambes, pieds, tronc, bras, tête de l’homme et de la tête, bras, mollets et pieds de la femme...

A l’heure du sacrifice,
la nation-mère nous a rassemblés.
Contre le colonialisme, l’unité d’abord,
la diversité entre parenthèses...entre crochets.

Mais à l’indépendance le pays n’est pas délivré du syndrome de l’unité.
L’unité, l’arabité, le nationalisme, le fascisme de l’unité
vivent sur des siècles de mensonges,
sur le respect des voleurs qui criaient aux voleurs,
sur le respect des tueurs qui criaient aux tueurs.

Le lion ne dit-il pas à l’ânesse :
je te prête 2 litres d’orge. Mais je te mangerai après.

Nedjma doit se construire sur quelque chose de vrai.

Je sais, dans ces conditions, je le sais bien,
il est difficile pour les museleurs de rendre la vérité.
Pourquoi falsifier l’histoire, Ibn Khaldoun... .
Tenez, quand il dit que ce peuple a renié 12 fois la foi musulmane...
Ça prouve bien que la pilule n’est jamais passée.
Pourquoi nous matraquer de l’histoire de l’Afghanistan,  de l’Iran, de l’Arabie Saoudite, de leurs programmes télé, de leur langue ?

(Lisant à haute voix et écrivant à sa table, un extrait d’une œuvre de Kateb Yacine.)
Le feu, toujours le feu
Sur la terre libre !
Où irons-nous si toute la terre brûle ?

Oui, c’est le blé, c’est le pain qui brûle !
Mais c’est le pain amer de l'esclavage !
Ils voudraient, les envahisseurs
vous le faire manger à genoux.
Et demain si vous acceptez,
ils vous le feront manger à plat ventre !

Pourquoi les hommes ne prennent pas la même religion ?
C’est simple. Quand vous chargez un âne,
vous ne placez pas les sacs du même côté
pour ne pas les faire tomber.
Eh bien vous agissez comme Dieu qui prend bien soin de diviser les hommes,
pour mieux équilibrer les dogmes
dont vivent les rabbins, les moines et les muftis.
Eux qui ont charge d’ânes.

Toutes ces religions qui n'en sont qu'une
servent des rois étrangers.
Ils veulent nous prendre notre pays.
Les meilleures terres ne leur suffisent pas.
Ils veulent aussi l'âme et l'esprit de notre peuple.
Pour mieux nous asservir, ils parlent d'un seul Dieu.
Mais chacun d'eux le revendique.

Le seul Dieu que nous connaissons,
on peut le voir et le toucher.
Je l'embrasse devant vous,
c'est la terre vivante,
la terre qui nous fait vivre,
la terre libre  !


Il signe : Kateb Yacine, La femme sauvage
Il entonne une chanson sur la Kahina,
une chanson que Kateb Yacine et sa troupe
reprenaient souvent dans leur spectacle



III

(Troisième écriteau)
Un chien qui a de l’argent
on l’appelle Monsieur le Chien.
Voilà, voilà





Le nationalisme et l’intégrisme.
VOILA, VOILA deux ennemis du progrès et du peuple.
Comme disait Marx, venus au monde dégoulinant de sang et de saleté par tous leurs pores, de la tête aux pieds.

Venus de Kaboul, Téhéran, Bagdad, Washington les mains rouges.

Les nationalistes bourgeois, messieurs les pitt-bulls sont devenus les maîtres après l’indépendance.
Ils ont colonisé le FLN. Ils nous ont domestiqués.

C’est l’école des maîtres.
FLNRNDFMICIA, FLNRNDFMICIA
Tel est notre alphabet.

Ce ne sont pas des partis.
Ce sont des comités administratifs des affaires de la classe bourgeoise : Marx-Engels

Les gens s’y bousculent non pas pour servir l’intérêt général mais pour avoir des avantages.
Que Dieu aveugle et décime les habitants de la maison
afin que je puisse voler, voler, voler, corrompre...
La corruption est leur religion.

De l’autre côté, le mouroir des exclus, paysans, hittistes…
L’agonie dont les bourgeois se repaissent,
mangeant des gains illicites,
rotant et remerciant Dieu,
lhemdu lleh, louange à Dieu.

Ce qu’un ministre mange peut nourrir tout un pays.

Et le peuple, nous le peuple ? Que nous reste-t-il à nous les perdants ?
Que l’on soit agenouillé, couché, assis, debout ?
Que nous reste-t-il ?
Se droguer, boire, voler, se prostituer, se suicider, émigrer, faire de l’oeil à une jarre pleine de grains, la jarre de la religion,  la jarre de la révolution...

Aux pitts-bulls l’or et les honneurs.
A nous la poussière et les mouches.

On meurt de faim et leurs jardins pourrissent.

Nom de nom, gens du gaz et des pétrodollars,
donnez votre superflu
L’homme digne est celui qui rend les biens du pays à son peuple,
celui qui jeûne pour nourrir un pauvre.
Fais sortir ton peuple des ténèbres vers la lumière.

La nausée soulève les dictateurs quand on leur parle de réveil , des révoltes de 80, de 88.
Ils jouent de la matraque, se gargarisent.
Ce sont des hommes qui ne laissent rien debout.
Ils brandissent régionalisme, arabo-islamisme, terrorisme
pour nous mettre à terre et garder leur trône.
Même si les chefs religieux font trembler leurs trônes et leurs portefeuilles,
leur ennemi véritable c’est la démocratie, pas les fous de Dieu.
Eux ils sont invités à faire ce qu’il leur plaît.
Aussi vite que les antennes paraboliques,
les écoles coraniques et les mosquées poussent comme des champignons,
avec ou sans la bénédiction de l’Etat.

C’est comme ça qu’on voit les fous de Dieu saigner le peuple.
C’est comme ça qu’on voit les cimetières devenir les lieux les plus vivants du pays.
Les morts s’arrachent les cercueils.
Et plus vous en voyez et plus il vous en reste à voir.

Grands sculpteurs de squelettes,
les vautours, dans leur uniforme se considèrent comme des dieux, les artisans d’un pays qui n’existe pas.

Très loin derrière eux,
le peuple survivant marche avec un poignard dans le dos,
trahi et supplicié par ses dirigeants.
SU-PPLI-CIE

(Jeu de marionnettes)

LE PRÉSIDENT :
Vous êtes l'auteur d'un tract
qui accuse notre police
d'être une Gestapo.

PREMIER ÉTUDIANT :
Oui, c'est une Gestapo.
J'ai été torturé,
menacé de mort...

Les policiers l'emmènent.


LE PRÉSIDENT :
Au suivant.

SECOND ÉTUDIANT :
Être condamné
pour offenses à un traître
c'est un honneur pour moi.

LE PRÉSIDENT :
Vous n'êtes pas ici
pour faire une conférence.

Les policiers emmènent le second étudiant.



LE PRÉSIDENT :
Au suivant.

TROISIÈME ÉTUDIANT :
J'ai subi des sévices.
Je suis depuis trois mois
au régime cellulaire.
J'avais écrit un rapport
pour le remettre à la cour.
Il m'a été arraché
ce matin, par les policiers...

LE PRÉSIDENT
Je n'accepte pas la discussion avec vous.

Les policiers emmènent le troisième étudiant.
Le tribunal quitte la scène...

                            

La scène se vide. Lumière sur Face de Ramadhan.
Il s'installe à la table d'un grand restaurant.



FACE DE RAMADHAN :
Garçon !

LE GARÇON :
Le menu ou la carte ?

FACE DE RAMADHAN :
Le menu et la carte.

Il s'empiffre, puis sort un grand billet de cinq mille dinars.


LE GARÇON :
Tu te fous de moi ?

FACE DE RAMADHAN :
Pardon ?

LE GARÇON
Regarde ton billet.
Tu ne vois pas ?
La tête du président,
elle est piquée à coups d'épingle !
C'est politique ça !
Tu veux me faire aller en prison ?

 Entre un policier.

LE GARÇON
Emmenez-le, Monsieur l'agent,
Je ne veux pas de son argent,
C'est un provocateur.


Musique : Henri Salvador,
Fugues en rires.



IV

(Quatrième écriteau)
Vous voyez ce bâton,
il vient du paradis.
Chaque fois qu’il vous frappe
c’est pour votre bien.




TOUS les intégrismes religieux commencent
par exalter la liberté de l’homme
et finissent par le réduire en esclavage.
A peine tu sais marcher qu’on te retrouve agenouillé ;
ni enfance ni adolescence :
tout de suite c’est le mariage, c’est la caserne, c’est le sermon,
c’est la mort lente.

Les lieux de culte sont aussi des lieux de prière.
Ce ne sont pas seulement des lieux de trafic et de complot.

Combien d’assassinats dans les lieux de prière, combien de lieux saints souillés, devenus espaces politiques, espaces de racket, d’armement, d’entraînement.
Pérégriner 22 fois à la Mecque,
La foi ?
…la foi dans le commerce et le pouvoir.
Usurpateurs de la foi.

Au milieu des vrais croyants,
ces requins en voyage de noce déambulent
avec leur faux titre de hadj, de Saint homme,
les yeux exorbités par les gains illicites.
C’est comme une foire annuelle patronée
par les chefs religieux,
s’appuyant toujours un peu plus sur l’échine de Dieu.

Hé obscurantistes roulant en Mercédès :
(en arabe, français et berbère)
Qui donc est plus injuste
que celui qui forge un mensonge contre Dieu ...? : Coran, Sourate VII, verset 37.

Certains musulmans sont devenus fous quand ils ont été manipulés par les fondamentalistes,
par leur chair et par leur sang.

(en arabe, français et berbère)
Ils cherchent à tromper Allah et les croyants ;
mais ils ne trompent qu’eux-mêmes,
et ils ne s’en rendent pas compte : Coran, Sourate II, verset 9.

(en arabe, français et berbère)
...ils n’entreront pas dans le Paradis
aussi longtemps qu’un chameau ne pénétrera pas dans le trou de l’aiguille : Coran, Sourate VII, verset  40.

 Toutes les exécutions, les foetus, l’enlèvement de jeunes filles pour mariage d’une heure ou d’un jour, les viols d’enfants... sont une offrande à Dieu... : Antar Zouabri, GIA.

Quand ils égorgent, ça vient du coeur.
Quand ils éventrent, ils hachent, ça vient du coeur.
Mais la guerre sainte,
c’est quand on combat ses propres passions : Dires du prophète

 ( en arabe, français et berbère)
L’Orient et l’Occident appartiennent à Dieu.
Quel que soit le côté vers lequel vous vous tournez,
la face de Dieu est là.
Dieu est présent partout et il sait : Coran, Sourate II, verset  115
&
(en arabe, français et berbère)

Celui qui a tué un homme...
est considéré comme s’il avait tué tous les hommes ;
et celui qui sauve un seul homme est considéré comme s’il avait sauvé tous les hommes : Coran, Sourate V, verset 32


Musique : L’homme à la caméra.
Film de Dziga Vertov.
Pierre Henry, n°3-Cœur et rail.


V

(Cinquième écriteau)
L’aliénation la plus profonde,
c’est de se croire Français,
c’est de se croire Arabe,
c’est de se croire Berbère.
Et c’est de ne pas se voir Algérien.


Imposer une religion, imposer une langue, islamiser, arabiser
ne se font pas avec des bonbons et des oeillets.
Il faut arborer les larmes et le sang.
Déployer l’écrasement, la violence, le mépris, la haine, les cisailles, le feu,
les pires abjections que puisse supporter un peuple.

Arabisation, francisation, mondialisation, enfermement.

La mère et son langage sont les seuls trésors inaliénables
et pourtant aliénés.
C’est l’impérialisme des langues de pouvoir : arabe classique, français, anglais.

La langue n’a pas le même effet pour celui qui s’en réchauffe que pour celui qu’elle brûle.

La langue brûle ceux-là qui ne la comprennent pas :
Les émissions culturelles, le journal télévisé, l’information pour la contraception, qui les comprend ?

La langue réchauffe ceux-là qui s’en servent pour nous exclure du pays, pour ne pas nous libérer.
On a même vu, pour son premier discours télévisé,
un président de la république algérienne démocratique et populaire, RADP,
déchiffrer un texte qu’il prononçait difficilement.
Imaginez une seconde le président parler au peuple dans la langue du peuple : LA REVOLUTION.

Le peuple n’entend pas l’arabe littéraire.
Il ne le comprend pas,
il ne le parle pas.
Il a sa langue à lui, une langue de contrebande,
qu’il a modelée, choisie. Nedjma a sa langue.
Elle ne la porte pas dans un récipient de verre.
On nous demande d’écrire en latin, en arabe savant.
Il existe un autre arabe : le populaire, une langue de tous les jours.

(Jeu de marionettes)

C’est l’histoire d’un grammairien et d’un marin.
Ils discutent sur le pont d’un bateau.
Le grammairien  demande au marin :
- Sais-tu la grammaire ?
- Non
- Eh bien dit le grammairien, tu as perdu la moitié de ta vie
Quelque temps après, la tempête se lève et le marin demande au grammairien
- Tu sais nager ?
- Non
- Eh bien, dit le marin, tu as perdu toute ta vie

Pendant la guerre de libération, ce que j’avais à dire à l’ennemi,
fallait le dire dans sa langue : Jean Genet.
Il fallait parler la langue du tortionnaire.
Dans l’aliénation et dans le sang,
dans cette langue française,
Nedjma est alors née.
Maintenant affranchi de cette aliénation,
pourquoi irai-je m’enchaîner aux langues de pouvoir,
alors que m’attendent ces langues sans dignité étatique ?

Bien. Il y a un vrai problème de langue.
Mais pour qui nous prennent-ils ?
Tout le monde le sait. Ils se servent des langues, du terrorisme pour nous dresser les uns contre les autres, pour qu’on ne voit pas ce qu’ils ont, ce qu’ils font et ce qu’ils sont.


Musique : The Marx Brothers,
Sing and play. At the circus.
Générique (Waxmann.Orchestre)


VI

(Sixième écriteau)
Nous croyons en Dieu...
à ce qui a été révélé à Abraham,à Ismaël, à Isaac, à Jacob et aux tribus;
à Moïse et à Jésus
...aux prophètes...;
Nous n’avons de préférence
pour aucun d’entre eux :
Coran sourate II,  verset 136



Il est temps de se réveiller.
Les nationalismes servent comme un rempart
pour nous isoler des autres peuples.
Ils mettent en danger les genres humains.
Ils bloquent l’ouverture vers le monde entier.

La tourmente des nationalistes bourgeois
c’est la paix.

Nourris au terrorisme,
sans répit, ils agitent le drapeau de la guerre.
Diviser pour mieux régner.
Simplement parce que leur gagne-pain c’est la grosse artillerie.

A la moindre lueur de paix, 
ils peuvent tout perdre.
Alors ils ne lâchent pas prise 
tant qu’il y a encore un muscle, un nerf, une goutte de sang à exploiter : Friedrich Engels


(Hystérique)
Nous sommes arabes, nous sommes arabes,
nous sommes arabes : Ahmed Ben Bella.
Nous sommes musulmans, nous sommes musulmans,
nous sommes musulmans.
Nous sommes berbères, nous sommes berbères,
nous sommes berbères…

Le suicide dans les nationalismes.

Mais c’est africains qu’il faut se dire.
Toutes les langues du pays sont une langue africaine.

Regardons à côté,
Qui connaît le Mali, le Niger ?
Et les Tunisiens et les Marocains,
eux on ne les connaît que par l’arabisme.

Si on se tournait vers l’Afrique
on pourrait se liguer avec les peuples africains
pour renverser les barrières de la tyrannie.

Abolissez l’exploitation de l’homme par l’homme
et vous abolirez l’exploitation d’une nation par une autre nation :
Marx-Engels.


Musique : Zao (chanteur congolais),
Ancien combattant.

 



VII

(Septième écriteau )
Une femme sort 3 fois dans sa vie :
du ventre de sa mère,
de la maison de son père
pour aller dans celle de son mari,
et enfin pour aller au cimetière.

 


Si l’on pouvait ordonner à un être humain de se prosterner devant un autre, ce serait à la femme devant l’homme :
Dires du prophète

Comment  se fait-il  que ce pays  a été dirigé par La Kahina
...une femme ?
Et comment les femmes en sont arrivées là aujourd’hui ?
Nous femmes, les entrailles qui vous ont portés : piétinées, rampantes.
Les cagoulardes ont ordre d’assurer la reproduction de mâles.
Malédiction sur la veuve orpheline sans fils ni frère.

Les crimes d’honneur, les coups en public.
Personne ne bouge. Pourquoi ?

Pardieu elle lui appartient.
Il en fait ce qu’il veut.
Ici on appelle ça « être un homme ».
Les femmes sont l’affaire des hommes.

Est-ce que ça fait partie de ce que nous sommes réellement?

Le ciel nous a fait don du culte de la fausse virilité, du culte de la force stérile ?

La mère et son langage sont les seuls trésors inaliénables
et poutant ils sont aliénés.

 Les récentes manifestations de femmes contre la violence et contre l'intolérance constituent un des plus grands dangers qui menacent le destin de l'Algérie.... : Abassi MADANI, FIS.

Le code de la famille,
l’espace souverain de l’époux, l’empire des hommes,
qui veulent régler juridiquement la longueur de la baguette avec laquelle l’époux doit flageller sa femme.
Combien de femmes répudiées, livrées à la rue, combien d’orphelins.
Elles reçoivent les coups en premier d’où qu’ils viennent.
Leurs privilèges : le deuil et le fardeau.
POURQUOI ?

ART. 8 : Il m’est permis de contracter mariage  avec plus d’une épouse.
ART.11 et 33 : La femme a un tuteur. C’est lui qui décide de son mariage.
ART. 31 : La musulmane ne peut épouser un non-musulman ...alors que moi je peux me marier avec une non-musulmane.
ART.39 : Tu dois m’obéir, allaiter ma progéniture, respecter mes parents et mes proches.
ART.48 : Le divorce intervient par ma volonté.

Ils n’ouvrent les yeux que d’une seule façon :
pour Nedjma , c’est Coran ou Whisky,
ménage ou prostitution.

Dans le rapport de l’homme à la femme, on peut juger de tous les degrés du développement humain : Karl Marx.
Dans le rapport de l’homme à la femme,
on peut juger de tous les degrés du développement humain.

Musique : Aqdas Al-Moulôk (iranienne)
psalmodiant un verset du Coran, Marie, sourate XIX (Ya Sin)


VIII

(Huitième écriteau)
Qui a bonne langue
a mieux qu’un champ d’oliviers




C’est vrai.
Ils n’ont de cesse de nous mettre en garde
que ceux qui combattent par la langue périront par la lame. 
De toute façon, tous nous périrons tous, 
ceux qui combattent comme ceux qui ne combattent pas.

Le théâtre politique a sale réputation.
Allez-y seuls si vous voulez.
On le montre du doigt en criant propagande, propagande .
Mais le combat d’idées pèse autant que l’esthétique.

Mais vous voilà venus à nous, sans préjugés,
au théâtre, (youyous)
goûtant un feu de cheminée, une gorgée de thé à la menthe.
Mais vous ne partirez pas comme on quitte un défunt, résignés.
Vous voilà venus
voir cet homme,
chercher ses marques dans ce chantier,
dans ce lieu qui n’a pas encore de lieu et qui en cherche un.

Mais au fond, on ne pouvait n’être que là,
cette valise toute prête à bourlinguer,
portée-lâchée, portée-posée,
transportant l’informe et l’incertain pays .

Ce théâtre c’est entre le ciel ouvert
et le toit.
Il efface la scène, le piédestal de la scène,
ce regard qui vous pousse à me contempler, trop rarement à m’écouter.


1989 : pluripartisme.
Kateb Yacine meurt des suites d’une maladie.
10 ans plus tard, mourir de maladie est devenu un idéal.
Le comédien, l’auteur, le metteur en scène, le régisseur, l’ouvreur, le projectionniste, le caissier, le public disparaissent.
Ils peuplent les prisons ou les cimetières.

Présentation du comédien : improvisation.

 


IX

(Neuvième écriteau)
Le peuple n’a rien à perdre,
hors les chaînes.
Il a un pays à gagner




Il n’en coûtera moins d’encourir la sanction de la désobéissance
qu’il nous en coûterait de lui obéir. Henri-David Thoreau

Hé camarade, si tu ne soutiens pas la lutte des peuples opprimés,
quelle est donc la révolution que tu prétends faire camarade ?

MERE LE MUR EST HAUT,
ce mur qui sépare les uns des mêmes.

Gueuler avec patience,
le moindre mot pèse plus qu’une larme.
Garder à l’esprit que le mouvement de libération nationale est né dans l’immigration en France.


A l’indépendance on commence à comptabiliser les coups, les morts, les cadavres mutilés.
Emeutes de 80, émeutes de 88, 2001, exécutés, égorgés, disparus...
Parce que « Vivre est devenu un idéal bourgeois » : YB,
il faut apprendre à manier les armes que l’on a.
le magnéto,la radio, la caméra, la vidéo,le théâtre...
leur dire merde, merde pour leur justice,
merde pour leur fric, merde pour leur morale,
à ces « tigres en papier »,
à leur discours à la soupe de fèves.

Hé camarade, si tu ne soutiens pas la lutte des peuples opprimés, quelle est donc la révolution que tu prétends faire camarade ?

Le bâton, c’est votre volonté,
droite et ferme et inébranlable : Charles Baudelaire.

Ces armes sont entre nos mains.
Il reste à nous en servir.
Expliquer, c’est rendre visible.

Désormais théâtre et révolution ne font qu’un.
Le parleur haut et fort comme un boxeur.

Le prophète n’a-t-il pas dit que
celui qui abandonne son foyer pour se mettre en quête du savoir
suit la voie de Dieu... et que
l’encre du savant est plus sacrée que le sang du martyr.

 Voici mon éthique, là est ma religion : dits du prophète

(Il écrit sur le mur  au  milieu des écriteaux) :
Je vous laisse l’histoire,
je vous laisse cette terre,
je vous laisse (dessin de la géographie de l’algérie).

A moi mes actes,
à vous les vôtres.
Salut. Mais ne partez pas résignés comme on quitte un défunt.

J’attaque le Destin.
Qu’il plaise à Dieu que je gagne.


(Il prend sa valise, quitte la scène en chantant l’Internationale en arabe, français et  kabyle, autre clin d’oeil à Kateb Yacine qui achevait toujours ses spectacles par l’Internationale.)

 


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