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24 février 2011 4 24 /02 /février /2011 17:19

 



Le Soir des Livres : INTERVIEW DE ZALIA SÉKAÏ :
«Les exilés n'ont pas réalisé leurs rêves, ils sont dans une quête sans fin»


Le Soir d'Algérie : Votre roman est une double balade. Balade du corps, balade dans le corps. Quelle est la fonction du corps étranger en exil ?

Zalia Sékaï : En s’interrogeant sur sa propre douleur physique, mystérieusement inexpliquée, le personnage plonge dans le quotidien de ses parents, exilés. Il exhume leurs souffrances et leurs humiliations et trace un lien entre la douleur de ses parents et la sienne. Sa douleur localisée aux pieds symbolise les racines, la liberté de venir, de partir et de revenir. Douleur inexpliquée, le personnage s’interroge sur un probable héritage, transmission de la douleur de ses parents. Porterait-il le stigmate d’une souffrance passée et qui se perpétuerait ?
Cette douleur aux pieds n’est-elle pas la douleur des racines, la douleur de voir les siens privés d’une vie claire et limpide sans peurs ni angoisses ? J’ai voulu faire une analogie entre maladie et exil. Parce que l’exilé est un être vulnérable, exposé aux autres, tout comme le malade. J’ai utilisé la maladie comme état pour faire ressentir l’état d’exilé. Parce qu’être malade, c’est être exclu de la santé, c’est être provisoirement différent des gens en bonne santé, c’est être inférieur et dépendre des autres. Tout le monde fait l’expérience un jour ou l’autre d’être malade. C’est aussi une analogie entre les errements de l’exilé en quête d’un avenir meilleur et les errements d’un malade en quête de guérison. La consultation sert de déclencheur de souvenirs, balade entre le présent et le souvenir. Essayant de comprendre sa douleur qui ne trouve pas de nom, le personnage va remonter à celle de ses parents, c’est le principe même du jeu «marabout bout de ficelle selle de cheval…». Vous utilisez très justement l’expression «corps étranger». Dans le domaine médical, le risque que présente un corps étranger est qu’il peut être rejeté. Il lui faut être accepté par le corps dominant. L’enjeu pour l’étranger est d’être accepté par l’Autre et non de s’intégrer. Parce que le fait même de s’exiler est déjà un pas vers et dans l’intégration. S’exiler dans un pays étranger, être soumis aux autres, être vulnérable, est une formidable preuve d’ouverture. En d’autres termes, l’existence du corps étranger dépend aussi des autres, de la capacité d’accueil des autres, de leur ouverture, de leur solidarité. L’exilé vit en tant qu’image, que représentation, jamais tel qu’il est. Parce que les préjugés ne sont jamais loin. Son existence s’inscrit dans la continuité de l’image du Maghrébin et du musulman, fanatique et rebelle en perpétuelle opposition. C’est l’opposition entre Islam et Occident qui réapparaît à n’importe quelle occasion. Le corps étranger en exil non visible du point de vue de ses conditions sociales précaires et de la discrimination est en revanche surexposé et dévalorisé dans ses différences culturelles prétendues inconciliables avec la république, avec la civilisation. Il est le bouc émissaire des situations de crises qui font ressortir en force les préjugés colonialistes. En revanche, on ne prête pas attention à lui dans sa souffrance et dans ce qu’il apporte. C’est pourquoi il est indispensable de rendre visibles ses conditions d’exil et de rétablir leur histoire.


N'est-ce pas du fatalisme que de s'en tenir à constater que l'unique facteur transmis par l'immigration soit la douleur ?
Les problèmes d’exil n’en finissent pas. La douleur prend le pas sur le reste. Les exilés souffrent en silence, les statistiques, au demeurant difficiles à trouver, sont là. Ils consultent trois fois moins que les nationaux et attendent la dernière extrémité. Ils vivent au rythme de tous les drames sanitaires et sont aux premières loges : amiante, asthme. Toute cette main-d’œuvre qui a contribué à construire la France se voit malade en fin de vie sans rien oser ni pouvoir réclamer parce que les démarches administratives sont trop compliquées et dissuasives. Il y a également des souffrances indicibles comme les problèmes de sexualité. Bien sûr, des moments de bonheur jalonnent heureusement leur existence mais ils sont submergés par les difficultés auxquelles les enfants sont exposés, des difficultés présentes dans tous les domaines (travail, logement, boîtes de nuit, contrôle de papier). L’exil est une rupture violente qui ne se maîtrise pas du jour au lendemain. Intériorisée, cette douleur ne s’en transmet pas moins. C’est l’héritage le plus profond et le plus difficile à sonder. La joie, elle, ne se cache pas, elle se transmet de suite, visible et partageable sans honte. La douleur, elle, est enfouie, elle se transmet sans bruit, involontairement, imperceptible. J’ai fait ressurgir des situations oubliées, cachées au fond de soi, qui n’avaient pas de sens dans notre enfance mais qui vues aujourd’hui, avec une certaine distance, sont lourdes de sens. On y voit les efforts des parents à s’intégrer, à camoufler leurs souffrances, à se taire et accepter toutes les injustices. Peut-être même finir par accepter et se convaincre du statut d’inférieur qu’on leur renvoyait. J’ai voulu faire ressentir la violence d’une douleur intériorisée pour contrebalancer l’image du délinquant que portent l’immigré et sa descendance, descendance que l’on continue à appeler d’un autre nom que Français. Il faut qu’ils soient français d’origine étrangère, beurs ou autre, ce qui souligne bien un défaut d’acceptation. Cette catégorie de Français impurs traîne une image d’autant plus grave qu’ils ne sont pas dans une situation de colonisés. J’ai voulu, par ce tableau, que la souffrance des immigrés soit visible pour ceux qui ont des préjugés et pour les autres provoquer un sentiment de révolte. Il y a aussi en filigrane la transmission de la solidarité, la générosité, la tendresse profonde mais enfouie. Les exilés n’ont pas réalisé leurs rêves, ils sont dans leur quête sans fin. Lux beauté à la rose n’existe pas, la savonnette ne dure pas, elle se dissout et avec elle les rêves et les projets d’une première génération. En ce sens, on peut y voir du fatalisme. Mais la dernière phrase est une incitation à utiliser l’arme à laquelle les parents n’ont pas eu accès (l’écriture) et faire entendre leur voix par l’écriture qui pour eux représente le supérieur, l’élite, la puissance. Reprendre l’outil de l’élite pour dénoncer la situation des exilés, c’est rendre hommage à tous les immigrés sans voix.


Quelles sont respectivement les symboliques du médecin et du marabout pour le corps étranger déambulant en exil ?
Pour l’immigré, le médecin symbolise l’écriture, l’homme de la science occidentale, pouvoir au-dessus de lui comme le marabout d’ailleurs. Mais le médecin incarne le savoir déshumanisé et intéressé. En effet, la maladie n’est pas reliée à l’homme dans son ensemble, son psychisme, son environnement. Le médecin ne voit que par le petit bout de sa lorgnette. Il ne prend pas en compte tous les éléments qui composent l’individu, tels que la culture du patient, sa nourriture, son mode de vie. Et puis, déjà étranger, l’exilé se sent en situation d’insécurité verbale, submergé par la parole étrangère et puissante. Ce qui ne les empêche pas d’avoir un profond respect pour la médecine, peut-être tout simplement parce qu’ils ne la comprennent pas, profond respect envers l’autre, ce dont ils voudraient que l’on fasse aussi preuve à leur égard. Enfin, l’aspect financier rend la consultation à l’égal d’une marchandise. La médecine de ville est devenue un commerce. Les CMU (médecine gratuite) sont souvent refusées par de nombreux médecins, renvoyant les immigrés à leur statut d’exclus, parce que non rentables. Les durées de consultation ne permettent pas au patient de s’exprimer, il faut aller vite et rentabiliser. Les immigrés font perdre plus de temps qu’ils n’en font gagner. Seuls les plus aisés peuvent s’offrir des consultations hors de prix et s’épancher comme ils le souhaitent. D’ailleurs, même les nationaux ont de plus en plus recours aux médecines parallèles, aux magnétiseurs et autres. En revanche, la plupart du temps, le marabout peut être réglé en fonction des moyens financiers du patient. Beaucoup ne fixent pas un seul prix pour tous. Il est modulable en fonction du résultat, des ressources. Il y a une espèce d’adaptabilité, d’équité. Certains magnétiseurs français, fonctionnant également sur ce type de système, ne font pas payer les patients démunis. Mais ils sont l’objet de contrôles par la Sécurité sociale et de redressements fiscaux. Il y a chez le marabout une proximité, une familiarité qui n’existe pas chez le médecin, une proximité langagière, culturelle, humaine. Le marabout est le rattachement à la terre de l’exilé, sa langue, sa religion. C’est l’oralité, la chaleur du contact, du temps disponible. Ce que la science n’apporte pas. Et puis il y a l’aspect mystique, ce rapport à l’au-delà, à Dieu. Il me semble qu’il y a une complémentarité nécessaire dans ces deux types de médecine, plus qu’une opposition.


Qu'est-ce qui contribue à élever le quotidien au rang de la tragédie ?
J’ai le sentiment que c’est la distance avec le quotidien, le regard a posteriori qui contribue à voir dans ce quotidien une tragédie. Le nez dedans, le quotidien n’est ni visible, ni lisible. Il se déroule comme une normalité. La tragédie peut apparaître avec l’amoncellement des situations d’une vie qui, au final, constitue un tableau tragique. Un élément quotidien ne signifie pas grand-chose à lui seul, mais agrégé à d’autres, il est signifiant. Le texte est une rétrospective de ce qui a priori pouvait paraître anodin et ordinaire. Mais en décortiquant les souvenirs, le passé apparaît comme le passé d’une autre personne. Voir son passé, son enfance avec les yeux de la conscience peut transformer un quotidien en tragédie. Heureusement qu’il y a cette façon de voir les choses, c’est ce qui contribue à prendre conscience des événements. En même temps, ce sont les petites histoires de chacun mises bout à bout qui font l’histoire. Si le quotidien semble être une tragédie, c’est que la situation n’a pas vraiment changé pour les enfants de l’immigration. Il y a un certain désenchantement qui peut se muer en tragédie. Si les parents pouvaient espérer, les enfants sont un peu plus sceptiques au regard de la situation que l’on a réservée aux parents (ex. : obliger les parents qui ont participé à la libération de la France à toucher la pension de retraite sous la condition de revenir tous les 6 mois en France, comme une chaîne au cou). L’échec des parents qui ont contribué à l’essor des 30 glorieuses ne peut garantir à leurs enfants la réussite. Et cela est une tragédie.


Un immigré est aussi un émigré, absent ici et ailleurs, que représentent la France et l'Algérie pour les exilés ?
«Ne te crois jamais arrivé, partout, tu es un voyageur en transit »(1), cet aphorisme s’applique particulièrement bien aux rapports que les immigrés entretiennent avec les deux pays (en dehors du fait qu’il peut s’appliquer à tous). Ni ici, ni là-bas. D’ailleurs les chiffres suivants sont éloquents : si 35% choisissent la France comme lieu d’inhumation, 40% choisissent leur pays, 25% hésitent. La France et l’Algérie sont deux lieux d’exil à leur manière. Les deux lieux suscitent à la fois attirance et répulsion pour des raisons différentes. La France reste pour les exilés un espoir toujours vivant en dépit des souffrances, des regards, du racisme, de méfiance. Même s’il y a une France pour les Français et une France pour les autres, Lux beauté à la rose, cette savonnette incarne toujours le rêve français. L’Algérie est pour eux un lieu de rattachement à leur terre maternelle. Il est indispensable de conserver la Maison, la Terre et la Mémoire des Ancêtres. «La famille est l'alpha et l'oméga de tout le système (…).»(2) Toutefois, le regard des compatriotes sur les immigrés rentrés au pays n’est plus le même. Ce qui explique que les exilés chez eux ne se sentent pas en confiance, sont mal à l’aise. Ils peuvent apparaître comme des traîtres ou des riches qui ne veulent pas partager. Les Algériens ne connaissent pas le type de souffrance endurée par eux, une souffrance différente de la leur. Ils sont loin d’imaginer la différence entre la réalité vécue et le rêve Lux beauté. Par pudeur, par honte ou pour rassurer, les exilés ne font jamais état de leur misère, ce qui entretient l’ambiguïté. Au regard de la situation en Algérie, la France reste un eldorado, Lux beauté à la rose et contribue toujours à voir les exilés comme des chanceux. On ne peut pas piocher dans chaque pays pour se constituer un pays idéal. Alors, l’exilé vit certains éléments culturels du pays d’accueil comme des chocs déstabilisants et déstructurant et en vit d’autres comme des chances (émancipation des femmes par exemple).


Vous avez travaillé sur Kateb Yacine qui lui-même a longtemps vécu en exil et s'est beaucoup rapproché des travailleurs immigrés. Y-a-t-il quelque part dans votre récit un clin d'œil à l'errant qu'il était ?

Toute l’œuvre de Kateb Yacine est un cri d’exilé permanent, sans attache, ni au sol ni au sang, seulement fidèle à ses idées. Comment rester indifférent à cet être hypersensible et à sa conscience profonde des rapports dominants/dominés et à sa volonté de réveiller les consciences. En sondant les travailleurs immigrés, il me semble qu’il se sondait un peu lui-même. Je me sens très proche de lui dans la ligne qu’il s’est donnée, celle de dénoncer l’élitisme et toute forme d’oppression. Lui a choisi l’oralité, le théâtre pour se rapprocher du peuple en Algérie, pour faire entendre des immigrés sans voix. Il a entièrement abandonné l’écriture à partir des années 1970, mesurant le caractère élitiste de l’écriture dans une société à tradition orale. Voulant faire apparaître son engagement, j’ai réalisé une pièce En attendant l’Algérie» pour lui rendre hommage. Cette pièce a été conçue à partir de l’ensemble de son œuvre. Pièce dans laquelle j’ai fait intervenir plusieurs voix, voix de l’auteur, voix du comédien, voix d’intervenants, voix du public à travers le débat et jouée essentiellement dans un théâtre ouvert et vivant. (Vous pouvez vous rendre sur mon blog pour la consulter, toute proposition de remettre ce projet debout sera la bienvenue). A travers l’écriture, à travers Lux beauté à la rose, et dans un environnement à tradition écrite, je souhaite faire entendre des immigrés sans voix par l’écriture à laquelle les parents du personnage n’ont pas eu accès.


Propos recueillis par Meriem Nour
1- Edmond Jabès, cité dans Le multiculturalisme, Fred Constant, éd.
2- Dominos Flammarion 2000, p.92. Pierre Bourdieu, Sociologie de l'Algérie.

   

SIGNET 

 Humilité
Le roman de Zalia Sékaï dont il s’agit ici est un ouvrage fort. Pour cette raison simple : l’humilité. Il fallait une plume aussi humble que celle de cette auteure émigrée pour rendre simple ce sentiment et cette condition complexes que l’exil. Exil rime avec étranger et c’est d’un corps qu’il s’agit, un corps étranger. La métaphore de la maladie et celle de la statistique s’entrelacent pour souligner cette espèce de mal-être indéfini et terriblement concret qu’occasionne le manque. Manque de terre ancestrale.
  Bachir Agour


Autopsie d’un exil algérien
Premier roman de Zalia Sékaï, Autopsie d'un exil algérien donne à voir la douloureuse condition de l'exil dans son rapport au corps. Corps morcelé, fragmenté, dévoilé de la narratrice, fille de l'immigration algérienne des années 1960, qui hante les cabinets médicaux sans jamais parvenir à identifier son mal. L 'écriture de Zalia Sékaï est une percée dans les strates des blessures accumulées, peurs, humiliations sur lesquelles se construisent des générations d'enfants d'immigrés. La douleur de l'exil est-elle de l'ordre de la transmission ? Telle est la question que l'on se pose en suivant cette confession de la narratrice qui pour être intime n'en est pas moins pudique. Pudique et tendre comme l'indique le sous-titre, Lux beauté à la rose, du nom des savonnettes dont l'odeur imprègne les souvenirs de l'enfance. Le récit est ponctué par la confrontation de la narratrice au médical, monde où les maux et les mots se conjuguent dans un rapport de domination qui en appelle une autre, celle subie par la génération de ses parents. Immigrés pour les uns, émigrés pour les autres, Mohamed en France, «François» en Algérie, errants perpétuels dans le temps et dans l'espace. La déambulation de la narratrice de soins en soins, de médecins en marabouts, en passant par les charismatiques, est la métaphore de cet exil vécu de l'intérieur par l'auteur. Si l'écriture est celle du ressenti, de l'émotion, son texte émaillé d'informations objectives, extraits d'études, d'analyses telles que les données chiffrées des accidents du travail ou du nombre d'asthmatiques dans les populations immigrées en France, élève la souffrance individuelle à la dimension d'un mal collectif lié à la situation de l'exil. Loin de nuire au récit, ce mélange de genres le renforce. L'immersion dans la douleur et la discrimination cible tout autant la France, pays d'accueil, que l'Algérie, pays d'origine devenu pays des vacances : «Tout m'apparaissait comme une parodie de pays, un décor pour film d'épouvante», tandis que la petite Kabylie «si grande qu'elle donnait d'entrée une impression de liberté» évoque beauté et paroles libérées. Dans la France de Giscard, la toute-puissante Amicale des Algériens donne le tempo du patriotisme et «enseigner l'arabe à ses enfants à l'Amicale des Algériens, voter pour le président unique, voyager Air Algérie» sont les préceptes garants d'une bonne algérianité. A contrario, vis-à-vis de la France, il faut «prouver être plus français que les Français eux-mêmes», et vivre son algérianité devient alors une épreuve au quotidien, ce quotidien placé sous le regard des autres où il convient de «ne pas mécontenter les trois O de l'accueil, Oeil-Oreille- Odorat». Comment alors se situer entre les mondes et les mots : «désapprendre les bons vieux réflexes du code de l'indigénat et de la République algérienne démocratique et populaire imprégnés à force de coups et de saisons qui passent. » Et comment s'étonner que le corps soumis en permanence à un climat anxiogène, peur, attente, silence, ne porte les stigmates de l'exil : «Nous vivions le dos courbé jusqu'à paraître plus petits que les Français de souche.» Voix des sans-voix, la talentueuse Zalia Sékaï restitue à travers son écriture ciselée et déambulatoire les déchirures et les silences de son peuple nomade.
  Meriem Nour
Autopsie d'un exil algérien, Lux Beauté à la rose, Zalia Sékaï, Editions du Cygne, 2010.





Source de cet article :
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2011/02/21/article.php?sid=113165&cid=31

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