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13 mars 2002 3 13 /03 /mars /2002 14:08

 

 

Article de Patrick Sourd

à propos de la pièce En Attendant l'algérie

paru dans Les Inrockuptibles n°279, hiver 2001

 


 

 

inrockzalia.jpg

 

 

 

 

Proche dans sa forme d'une réunion de cellule,

le théâtre de Zalia Sékaï est celui du combat des purs.

 

ALGERIE la désossée

 

EN ATTENDANT L'ALGERIE de Zalia Sékaï

Mise en scène de Laurent Marissal, à Nanterre

 

Scènes  "Le théâtre politique a sale réputation. Allez-y seuls si vous voulez. On le montre du doigt en criant : "Propagande ! Propagande !" Mais le combat des idées pèse autant que l'esthétique", dit Zalia Sékaï.

Hommage au poète et dramaturge Kateb Yacine, cet En Attendant l'algérie (sans majuscule : la notion de nation est remise en question) est accueillie à la Ferme du bonheur, à Nanterre, par Roger des Près. Le spectacle se joue dans son Favela Théâtre. Dans l'immense cheminée, des bûches se consument doucement ; le coq, Henri IV s'y réchauffe en habitué ; dans leur cage suspendue aux poutres, des colombes roucoulent.

Nous, à quelques mètres de là, assis sur des chaises, des bancs de bois, on se les gèle, on se serre les coudes.  Se revendiquant d'un théâtre politique, En Attendant l'algérie prend la forme d'une réunion de cellule de quartier. Venu du dehors, habillé d'un simple bleu de travail, l'acteur enfile un pull, s'installe à une petite table. D'un cartable, il sort le Coran, les œuvres complètes de Karl Marx et un cahier d'écolier à spirale. Assis, il se laisse absorber par des notes avant ses interventions. Debout, il parle avec distance. Juché sur un escabeau comme sur une tribune, il incarne son texte avec fougue. Sur des affiches improvisées, il inscrit des maximes. Elles lui servent d'étapes pour ce portrait en forme d'abécédaire d'une algérie en lutte. "L'algérie, I'histoire, les femmes, les langues, le pays, amputés. Tout un pays désossé (...) presque 40 ans de prison et de honte (...) les femmes comme l'affaire des hommes (...) une langue de l'algérie qui n'est toujours pas l'algérien (...) le peuple survivant avec un poignard dans le dos trahi et supplicié par ses dirigeants."

Ce théâtre trouve la forme d'une épure minimale. Un claquement d'interrupteur annonce des halos de couleur. Sans plus de façons,e spectacle s'interrompt. Un spot éclaire l'un d'entre nous. Chaque soir, un invité apporte sa pierre à l'édifice. Le 9 février, Djilali Hadjadj, auteur de Corruption et Démocratie en Algerie, choisit de parler des rapports du pouvoir avec l'argent du pétrole, de la richesse d'un pays qui fait le malheur de son peuple. L’acteur reprend la main, son discours se mêle de chants en sourdine, des Fugues de rires d'un Salvador qui devient terrifiant, des mélopées de l'Iranienne Aqdas Al-Moulôk. Pour finir, il s'avance vers nous. "Je m'appelle Mourad Messahel, je n'étais pas acteur. Je suis venu vers vous par nécessité. Je suis venu au théâtre pour m'exprimer. Le peuple n'a rien à perdre. Il est temps, tous ensemble, il faut que l'on agisse." Colporteur de l'agitation politique, Mourad replie ses tréteaux, balaye le sol. Reste cette histoire, celle d'un "peuple en chair et en os" que ce théâtre de la sincérité tente de faire se redresser. Quand Mourad sort, s'éloigne dans la nuit, il entonne, en dernier hommage à Kateb Yacine qui concluait par elle ses spectacles, une Internationale qu'il chante en arabe populaire et en kabyle.

 

Patrick Sourd

Portrait en forme d'abécédaire d'une Algérie en lutte.

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