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29 décembre 2015 2 29 /12 /décembre /2015 09:15
Revue NADA n° 20

Revue NADA n° 20

 

Nada n° 20 met en scène la pièce jouée à la Ferme du Bonheur en 2001 (et à la Cartoucherie entre autres), reprise en 2015, pour la contre fêt'nat'… Attendre, toujours, l’algérie. A n'importe quel moment de la représentation, le public s’installe, il est libre d'aller et de venir. Dans le noir, il écoute une voix off ponctuée par le timbre de voix de Kateb Yacine. A l’issue de la pièce, le journal est distribué. Ce numéro met en scène le personnage d’un théâtre sans acteur.

 

"Debout, alors debout !!!" Kateb Yacine

 

 

Enregistrement disponible sur demande.

Pour télécharger et/ou commander ce numéro, rendez-vous sur

 

http://www.editions-clandestines-slnd.com/fr/revue-nada/11-nada-n20-en-attendant-l-algerie.html

 

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1 décembre 2013 7 01 /12 /décembre /2013 14:39

 

French dream is a dream

Un film de Zalia Sékaï et Laurent Marissal 

 

 

Une main-d'oeuvre immigrée surexposée aux maladies et accidents professionnels

 

 


 


 

Le troisième volet de "French dream is a dream" traite de la santé des travailleurs immigrés en France.

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6 juin 2013 4 06 /06 /juin /2013 09:53

 

French dream is a dream

Un film de Zalia Sékaï et Laurent Marissal 

 

 

Aux origines de l'immigration : le besoin de main-d'oeuvre

 

 

 

 

 

 

Le premier et le second volets de "French dream is a dream" apportent quelques éléments de réponse à la question : pourquoi les Algériens ont-ils émigré en France ?

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13 mars 2013 3 13 /03 /mars /2013 18:04

 

 

 
 

French dream is a dream

un film de Zalia Sékaï et Laurent Marissal 

 

  Aux origines de l'immigration algérienne en France :

la misère due à la colonisation

 

 


 
French dream is a dream #1 est le premier clip documentaire thématique et non chronologique traitant de l'immigration algérienne.
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16 août 2011 2 16 /08 /août /2011 11:55

 

 

Vous pouvez librement télécharger,

citer mes textes,

à condition d'en indiquer les sources.

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24 février 2011 4 24 /02 /février /2011 17:19

 



Le Soir des Livres : INTERVIEW DE ZALIA SÉKAÏ :
«Les exilés n'ont pas réalisé leurs rêves, ils sont dans une quête sans fin»


Le Soir d'Algérie : Votre roman est une double balade. Balade du corps, balade dans le corps. Quelle est la fonction du corps étranger en exil ?

Zalia Sékaï : En s’interrogeant sur sa propre douleur physique, mystérieusement inexpliquée, le personnage plonge dans le quotidien de ses parents, exilés. Il exhume leurs souffrances et leurs humiliations et trace un lien entre la douleur de ses parents et la sienne. Sa douleur localisée aux pieds symbolise les racines, la liberté de venir, de partir et de revenir. Douleur inexpliquée, le personnage s’interroge sur un probable héritage, transmission de la douleur de ses parents. Porterait-il le stigmate d’une souffrance passée et qui se perpétuerait ?
Cette douleur aux pieds n’est-elle pas la douleur des racines, la douleur de voir les siens privés d’une vie claire et limpide sans peurs ni angoisses ? J’ai voulu faire une analogie entre maladie et exil. Parce que l’exilé est un être vulnérable, exposé aux autres, tout comme le malade. J’ai utilisé la maladie comme état pour faire ressentir l’état d’exilé. Parce qu’être malade, c’est être exclu de la santé, c’est être provisoirement différent des gens en bonne santé, c’est être inférieur et dépendre des autres. Tout le monde fait l’expérience un jour ou l’autre d’être malade. C’est aussi une analogie entre les errements de l’exilé en quête d’un avenir meilleur et les errements d’un malade en quête de guérison. La consultation sert de déclencheur de souvenirs, balade entre le présent et le souvenir. Essayant de comprendre sa douleur qui ne trouve pas de nom, le personnage va remonter à celle de ses parents, c’est le principe même du jeu «marabout bout de ficelle selle de cheval…». Vous utilisez très justement l’expression «corps étranger». Dans le domaine médical, le risque que présente un corps étranger est qu’il peut être rejeté. Il lui faut être accepté par le corps dominant. L’enjeu pour l’étranger est d’être accepté par l’Autre et non de s’intégrer. Parce que le fait même de s’exiler est déjà un pas vers et dans l’intégration. S’exiler dans un pays étranger, être soumis aux autres, être vulnérable, est une formidable preuve d’ouverture. En d’autres termes, l’existence du corps étranger dépend aussi des autres, de la capacité d’accueil des autres, de leur ouverture, de leur solidarité. L’exilé vit en tant qu’image, que représentation, jamais tel qu’il est. Parce que les préjugés ne sont jamais loin. Son existence s’inscrit dans la continuité de l’image du Maghrébin et du musulman, fanatique et rebelle en perpétuelle opposition. C’est l’opposition entre Islam et Occident qui réapparaît à n’importe quelle occasion. Le corps étranger en exil non visible du point de vue de ses conditions sociales précaires et de la discrimination est en revanche surexposé et dévalorisé dans ses différences culturelles prétendues inconciliables avec la république, avec la civilisation. Il est le bouc émissaire des situations de crises qui font ressortir en force les préjugés colonialistes. En revanche, on ne prête pas attention à lui dans sa souffrance et dans ce qu’il apporte. C’est pourquoi il est indispensable de rendre visibles ses conditions d’exil et de rétablir leur histoire.


N'est-ce pas du fatalisme que de s'en tenir à constater que l'unique facteur transmis par l'immigration soit la douleur ?
Les problèmes d’exil n’en finissent pas. La douleur prend le pas sur le reste. Les exilés souffrent en silence, les statistiques, au demeurant difficiles à trouver, sont là. Ils consultent trois fois moins que les nationaux et attendent la dernière extrémité. Ils vivent au rythme de tous les drames sanitaires et sont aux premières loges : amiante, asthme. Toute cette main-d’œuvre qui a contribué à construire la France se voit malade en fin de vie sans rien oser ni pouvoir réclamer parce que les démarches administratives sont trop compliquées et dissuasives. Il y a également des souffrances indicibles comme les problèmes de sexualité. Bien sûr, des moments de bonheur jalonnent heureusement leur existence mais ils sont submergés par les difficultés auxquelles les enfants sont exposés, des difficultés présentes dans tous les domaines (travail, logement, boîtes de nuit, contrôle de papier). L’exil est une rupture violente qui ne se maîtrise pas du jour au lendemain. Intériorisée, cette douleur ne s’en transmet pas moins. C’est l’héritage le plus profond et le plus difficile à sonder. La joie, elle, ne se cache pas, elle se transmet de suite, visible et partageable sans honte. La douleur, elle, est enfouie, elle se transmet sans bruit, involontairement, imperceptible. J’ai fait ressurgir des situations oubliées, cachées au fond de soi, qui n’avaient pas de sens dans notre enfance mais qui vues aujourd’hui, avec une certaine distance, sont lourdes de sens. On y voit les efforts des parents à s’intégrer, à camoufler leurs souffrances, à se taire et accepter toutes les injustices. Peut-être même finir par accepter et se convaincre du statut d’inférieur qu’on leur renvoyait. J’ai voulu faire ressentir la violence d’une douleur intériorisée pour contrebalancer l’image du délinquant que portent l’immigré et sa descendance, descendance que l’on continue à appeler d’un autre nom que Français. Il faut qu’ils soient français d’origine étrangère, beurs ou autre, ce qui souligne bien un défaut d’acceptation. Cette catégorie de Français impurs traîne une image d’autant plus grave qu’ils ne sont pas dans une situation de colonisés. J’ai voulu, par ce tableau, que la souffrance des immigrés soit visible pour ceux qui ont des préjugés et pour les autres provoquer un sentiment de révolte. Il y a aussi en filigrane la transmission de la solidarité, la générosité, la tendresse profonde mais enfouie. Les exilés n’ont pas réalisé leurs rêves, ils sont dans leur quête sans fin. Lux beauté à la rose n’existe pas, la savonnette ne dure pas, elle se dissout et avec elle les rêves et les projets d’une première génération. En ce sens, on peut y voir du fatalisme. Mais la dernière phrase est une incitation à utiliser l’arme à laquelle les parents n’ont pas eu accès (l’écriture) et faire entendre leur voix par l’écriture qui pour eux représente le supérieur, l’élite, la puissance. Reprendre l’outil de l’élite pour dénoncer la situation des exilés, c’est rendre hommage à tous les immigrés sans voix.


Quelles sont respectivement les symboliques du médecin et du marabout pour le corps étranger déambulant en exil ?
Pour l’immigré, le médecin symbolise l’écriture, l’homme de la science occidentale, pouvoir au-dessus de lui comme le marabout d’ailleurs. Mais le médecin incarne le savoir déshumanisé et intéressé. En effet, la maladie n’est pas reliée à l’homme dans son ensemble, son psychisme, son environnement. Le médecin ne voit que par le petit bout de sa lorgnette. Il ne prend pas en compte tous les éléments qui composent l’individu, tels que la culture du patient, sa nourriture, son mode de vie. Et puis, déjà étranger, l’exilé se sent en situation d’insécurité verbale, submergé par la parole étrangère et puissante. Ce qui ne les empêche pas d’avoir un profond respect pour la médecine, peut-être tout simplement parce qu’ils ne la comprennent pas, profond respect envers l’autre, ce dont ils voudraient que l’on fasse aussi preuve à leur égard. Enfin, l’aspect financier rend la consultation à l’égal d’une marchandise. La médecine de ville est devenue un commerce. Les CMU (médecine gratuite) sont souvent refusées par de nombreux médecins, renvoyant les immigrés à leur statut d’exclus, parce que non rentables. Les durées de consultation ne permettent pas au patient de s’exprimer, il faut aller vite et rentabiliser. Les immigrés font perdre plus de temps qu’ils n’en font gagner. Seuls les plus aisés peuvent s’offrir des consultations hors de prix et s’épancher comme ils le souhaitent. D’ailleurs, même les nationaux ont de plus en plus recours aux médecines parallèles, aux magnétiseurs et autres. En revanche, la plupart du temps, le marabout peut être réglé en fonction des moyens financiers du patient. Beaucoup ne fixent pas un seul prix pour tous. Il est modulable en fonction du résultat, des ressources. Il y a une espèce d’adaptabilité, d’équité. Certains magnétiseurs français, fonctionnant également sur ce type de système, ne font pas payer les patients démunis. Mais ils sont l’objet de contrôles par la Sécurité sociale et de redressements fiscaux. Il y a chez le marabout une proximité, une familiarité qui n’existe pas chez le médecin, une proximité langagière, culturelle, humaine. Le marabout est le rattachement à la terre de l’exilé, sa langue, sa religion. C’est l’oralité, la chaleur du contact, du temps disponible. Ce que la science n’apporte pas. Et puis il y a l’aspect mystique, ce rapport à l’au-delà, à Dieu. Il me semble qu’il y a une complémentarité nécessaire dans ces deux types de médecine, plus qu’une opposition.


Qu'est-ce qui contribue à élever le quotidien au rang de la tragédie ?
J’ai le sentiment que c’est la distance avec le quotidien, le regard a posteriori qui contribue à voir dans ce quotidien une tragédie. Le nez dedans, le quotidien n’est ni visible, ni lisible. Il se déroule comme une normalité. La tragédie peut apparaître avec l’amoncellement des situations d’une vie qui, au final, constitue un tableau tragique. Un élément quotidien ne signifie pas grand-chose à lui seul, mais agrégé à d’autres, il est signifiant. Le texte est une rétrospective de ce qui a priori pouvait paraître anodin et ordinaire. Mais en décortiquant les souvenirs, le passé apparaît comme le passé d’une autre personne. Voir son passé, son enfance avec les yeux de la conscience peut transformer un quotidien en tragédie. Heureusement qu’il y a cette façon de voir les choses, c’est ce qui contribue à prendre conscience des événements. En même temps, ce sont les petites histoires de chacun mises bout à bout qui font l’histoire. Si le quotidien semble être une tragédie, c’est que la situation n’a pas vraiment changé pour les enfants de l’immigration. Il y a un certain désenchantement qui peut se muer en tragédie. Si les parents pouvaient espérer, les enfants sont un peu plus sceptiques au regard de la situation que l’on a réservée aux parents (ex. : obliger les parents qui ont participé à la libération de la France à toucher la pension de retraite sous la condition de revenir tous les 6 mois en France, comme une chaîne au cou). L’échec des parents qui ont contribué à l’essor des 30 glorieuses ne peut garantir à leurs enfants la réussite. Et cela est une tragédie.


Un immigré est aussi un émigré, absent ici et ailleurs, que représentent la France et l'Algérie pour les exilés ?
«Ne te crois jamais arrivé, partout, tu es un voyageur en transit »(1), cet aphorisme s’applique particulièrement bien aux rapports que les immigrés entretiennent avec les deux pays (en dehors du fait qu’il peut s’appliquer à tous). Ni ici, ni là-bas. D’ailleurs les chiffres suivants sont éloquents : si 35% choisissent la France comme lieu d’inhumation, 40% choisissent leur pays, 25% hésitent. La France et l’Algérie sont deux lieux d’exil à leur manière. Les deux lieux suscitent à la fois attirance et répulsion pour des raisons différentes. La France reste pour les exilés un espoir toujours vivant en dépit des souffrances, des regards, du racisme, de méfiance. Même s’il y a une France pour les Français et une France pour les autres, Lux beauté à la rose, cette savonnette incarne toujours le rêve français. L’Algérie est pour eux un lieu de rattachement à leur terre maternelle. Il est indispensable de conserver la Maison, la Terre et la Mémoire des Ancêtres. «La famille est l'alpha et l'oméga de tout le système (…).»(2) Toutefois, le regard des compatriotes sur les immigrés rentrés au pays n’est plus le même. Ce qui explique que les exilés chez eux ne se sentent pas en confiance, sont mal à l’aise. Ils peuvent apparaître comme des traîtres ou des riches qui ne veulent pas partager. Les Algériens ne connaissent pas le type de souffrance endurée par eux, une souffrance différente de la leur. Ils sont loin d’imaginer la différence entre la réalité vécue et le rêve Lux beauté. Par pudeur, par honte ou pour rassurer, les exilés ne font jamais état de leur misère, ce qui entretient l’ambiguïté. Au regard de la situation en Algérie, la France reste un eldorado, Lux beauté à la rose et contribue toujours à voir les exilés comme des chanceux. On ne peut pas piocher dans chaque pays pour se constituer un pays idéal. Alors, l’exilé vit certains éléments culturels du pays d’accueil comme des chocs déstabilisants et déstructurant et en vit d’autres comme des chances (émancipation des femmes par exemple).


Vous avez travaillé sur Kateb Yacine qui lui-même a longtemps vécu en exil et s'est beaucoup rapproché des travailleurs immigrés. Y-a-t-il quelque part dans votre récit un clin d'œil à l'errant qu'il était ?

Toute l’œuvre de Kateb Yacine est un cri d’exilé permanent, sans attache, ni au sol ni au sang, seulement fidèle à ses idées. Comment rester indifférent à cet être hypersensible et à sa conscience profonde des rapports dominants/dominés et à sa volonté de réveiller les consciences. En sondant les travailleurs immigrés, il me semble qu’il se sondait un peu lui-même. Je me sens très proche de lui dans la ligne qu’il s’est donnée, celle de dénoncer l’élitisme et toute forme d’oppression. Lui a choisi l’oralité, le théâtre pour se rapprocher du peuple en Algérie, pour faire entendre des immigrés sans voix. Il a entièrement abandonné l’écriture à partir des années 1970, mesurant le caractère élitiste de l’écriture dans une société à tradition orale. Voulant faire apparaître son engagement, j’ai réalisé une pièce En attendant l’Algérie» pour lui rendre hommage. Cette pièce a été conçue à partir de l’ensemble de son œuvre. Pièce dans laquelle j’ai fait intervenir plusieurs voix, voix de l’auteur, voix du comédien, voix d’intervenants, voix du public à travers le débat et jouée essentiellement dans un théâtre ouvert et vivant. (Vous pouvez vous rendre sur mon blog pour la consulter, toute proposition de remettre ce projet debout sera la bienvenue). A travers l’écriture, à travers Lux beauté à la rose, et dans un environnement à tradition écrite, je souhaite faire entendre des immigrés sans voix par l’écriture à laquelle les parents du personnage n’ont pas eu accès.


Propos recueillis par Meriem Nour
1- Edmond Jabès, cité dans Le multiculturalisme, Fred Constant, éd.
2- Dominos Flammarion 2000, p.92. Pierre Bourdieu, Sociologie de l'Algérie.

   

SIGNET 

 Humilité
Le roman de Zalia Sékaï dont il s’agit ici est un ouvrage fort. Pour cette raison simple : l’humilité. Il fallait une plume aussi humble que celle de cette auteure émigrée pour rendre simple ce sentiment et cette condition complexes que l’exil. Exil rime avec étranger et c’est d’un corps qu’il s’agit, un corps étranger. La métaphore de la maladie et celle de la statistique s’entrelacent pour souligner cette espèce de mal-être indéfini et terriblement concret qu’occasionne le manque. Manque de terre ancestrale.
  Bachir Agour


Autopsie d’un exil algérien
Premier roman de Zalia Sékaï, Autopsie d'un exil algérien donne à voir la douloureuse condition de l'exil dans son rapport au corps. Corps morcelé, fragmenté, dévoilé de la narratrice, fille de l'immigration algérienne des années 1960, qui hante les cabinets médicaux sans jamais parvenir à identifier son mal. L 'écriture de Zalia Sékaï est une percée dans les strates des blessures accumulées, peurs, humiliations sur lesquelles se construisent des générations d'enfants d'immigrés. La douleur de l'exil est-elle de l'ordre de la transmission ? Telle est la question que l'on se pose en suivant cette confession de la narratrice qui pour être intime n'en est pas moins pudique. Pudique et tendre comme l'indique le sous-titre, Lux beauté à la rose, du nom des savonnettes dont l'odeur imprègne les souvenirs de l'enfance. Le récit est ponctué par la confrontation de la narratrice au médical, monde où les maux et les mots se conjuguent dans un rapport de domination qui en appelle une autre, celle subie par la génération de ses parents. Immigrés pour les uns, émigrés pour les autres, Mohamed en France, «François» en Algérie, errants perpétuels dans le temps et dans l'espace. La déambulation de la narratrice de soins en soins, de médecins en marabouts, en passant par les charismatiques, est la métaphore de cet exil vécu de l'intérieur par l'auteur. Si l'écriture est celle du ressenti, de l'émotion, son texte émaillé d'informations objectives, extraits d'études, d'analyses telles que les données chiffrées des accidents du travail ou du nombre d'asthmatiques dans les populations immigrées en France, élève la souffrance individuelle à la dimension d'un mal collectif lié à la situation de l'exil. Loin de nuire au récit, ce mélange de genres le renforce. L'immersion dans la douleur et la discrimination cible tout autant la France, pays d'accueil, que l'Algérie, pays d'origine devenu pays des vacances : «Tout m'apparaissait comme une parodie de pays, un décor pour film d'épouvante», tandis que la petite Kabylie «si grande qu'elle donnait d'entrée une impression de liberté» évoque beauté et paroles libérées. Dans la France de Giscard, la toute-puissante Amicale des Algériens donne le tempo du patriotisme et «enseigner l'arabe à ses enfants à l'Amicale des Algériens, voter pour le président unique, voyager Air Algérie» sont les préceptes garants d'une bonne algérianité. A contrario, vis-à-vis de la France, il faut «prouver être plus français que les Français eux-mêmes», et vivre son algérianité devient alors une épreuve au quotidien, ce quotidien placé sous le regard des autres où il convient de «ne pas mécontenter les trois O de l'accueil, Oeil-Oreille- Odorat». Comment alors se situer entre les mondes et les mots : «désapprendre les bons vieux réflexes du code de l'indigénat et de la République algérienne démocratique et populaire imprégnés à force de coups et de saisons qui passent. » Et comment s'étonner que le corps soumis en permanence à un climat anxiogène, peur, attente, silence, ne porte les stigmates de l'exil : «Nous vivions le dos courbé jusqu'à paraître plus petits que les Français de souche.» Voix des sans-voix, la talentueuse Zalia Sékaï restitue à travers son écriture ciselée et déambulatoire les déchirures et les silences de son peuple nomade.
  Meriem Nour
Autopsie d'un exil algérien, Lux Beauté à la rose, Zalia Sékaï, Editions du Cygne, 2010.





Source de cet article :
http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2011/02/21/article.php?sid=113165&cid=31
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12 février 2011 6 12 /02 /février /2011 12:09

Cet article a été publié en 2003 dans la revue Passerelles n° 25.

Il reste profondément d'actualité.

 

 

 

 

À l'aube de l'année 2003,

Année de l'Algérie, et 40 ans après la Libération, le peuple algérien s'interroge sur sa propre libération.  

Parce qu'une nation n'est pas la représentation d'une minorité mais la représentation de l'identité collective.

 

 

À l'aube de l'année 2003, Année de l'Algérie et 40 ans après la Libération,  l’état des lieux ne prête pas aux réjouissances et célébrations mais à une macabre comptabilité. Depuis 1992, arrêt du processus électoral, on dénombre 200 000 morts, plus de 10 000 disparus, massacres, viols, actes de torture ( exactions tantôt attribuées aux islamistes tantôt à l’armée), corruption, élections truquées,… L’état d’urgence décrété depuis le 9 février 1992 et l’après 11 septembre 2001 normalisent un peu plus les violations des droits de l’homme dans l’indifférence de la communauté internationale. Face à cet état de guerre, s’élèvent des mouvements de protestation (émeutes, grèves, manifestations). À ce jour, les seules réponses sont les habituelles et vaines promesses, le refus de prise en charge des revendications de la société, l’opacité quant à la gestion de ce pays, la répression, les arrestations arbitraires, une libéralisation économique accrue et tous azimuts. 

18 avril 2002, les manifestants commémorent le déclenchement des révoltes initiées en Kabylie, sur fond de crises politique, économique, sociale et culturelle. 5 juillet 2002, on  célèbre le 40ème anniversaire de la Libération. Et on s'affaire à l’Année de l’Algérie en 2003.

 

Pays pourtant riche en hydrocarbures, l'État algérien manque à ses devoirs les plus élémentaires (logement, alimentation, santé, éducation,…). De ce fait, il contribue à la désorganisation de la société et à l'état de guerre. Au-delà de ses désengagements, il exerce une censure et une répression. L'Algérie, enjeu politique et financier, justifie toutes les abjections possibles contre le peuple algérien, devant une communauté internationale passive.

 

Un projet d’État-nation incertain

 

La Libération a posé la question de la construction de la nation, de son existence. 40 ans après, le peuple algérien s'interroge sur sa propre libération, sur les espoirs portés par cette indépendance, dans l'attente d'une nation [1] pleine et entière, représentative de tous.

L'instabilité du projet d'État-nation trouve son origine dès la guerre de libération.

 *En effet, dès cette période, le débat est confisqué. Les différends se règlent par la violence. Des différends qui opposent les partisans d'une vision communautaire et les partisans d'une vision plus nationale, plus citoyenne. L’organisation extérieure du FLN (Front de libération nationale) s'oppose à l’organisation intérieure, les militaires aux civils, le groupe de Tlemcen au groupe de Tizi-Ouzou,.... Le Congrès de la Soummam en 1956 dominé par Abane Ramdane, un des chefs du mouvement national, dénonce déjà la suprématie du militaire sur le politique et le culte de la personnalité. Abane Ramdane pose comme objectif la libération du pays et l’instauration d’une république démocratique juste, basée sur la participation du peuple à l’édification de la nation. Il est exécuté en 1957.

La suprématie du militaire sur l'État est affirmée. En 1962, Ben Bella arrive au pouvoir par la force, avec l’aide de l’armée des frontières. C’est le début de la légitimation des putshs dont il sera lui-même victime. Et l’Algérie naît et s’enferme dans des conflits et des confrontations intestines. Le pouvoir jusqu'à ce jour, ne sera jamais issu de la volonté des citoyens. Car à la Libération, entre la branche citoyenne et la branche militaire du FLN, c'est la seconde qui l'emportera, ouvrant également la voie aux fondamentalistes. Et on trouvera même parmi les généraux proches du pouvoir  algérien, des officiers de l'armée française au moment de la bataille d'Alger en 1957…

En 1992, c’est l’interruption du processus électoral justifiée par l’arrivée majoritaire du FIS au 1er tour des législatives. C’est l’engrenage, le début d'une crise sans précédent. Mohamed Boudiaf, un des acteurs essentiels du mouvement de libération, connaît le même sort qu'Abane Ramdane. Devenu président en 1992, il veut mettre fin à la corruption et mettre en place une véritable démocratie. Six mois plus tard il est assassiné sous les yeux des télespectateurs. Tous deux furent (parmi quelques autres) les porte-drapeaux de l’utopie de la nation algérienne.

Par conséquent, la libération qui aurait dû s’affirmer en tant que décharge de servitude (Littré), n’a finalement abouti qu’à une libération de forme (départ du colonisateur et libération du pays) et non de fond (libération du peuple algérien par la participation de l'ensemble de la population aux affaires du pays). En d’autres termes, ce pays demeure aliéné par les conflits de pouvoir. L’Algérie est indépendante mais pas pour autant libérée. La prison se reproduit et chaque libération la porte à nouveau en germe. (Kateb Yacine).

 

*Un autre élément a contribué à l'instabilité du projet d'État-nation durant la guerre : la difficulté des Algériens de se penser en tant que nation. Pourquoi ? Le sentiment national est loin de rencontrer l'adhésion de l’ensemble de la population parce que la paysannerie algérienne reste attachée à ses valeurs et ses particularités locales comme le font remarquer les historiens Benjamin Stora[2] et Mohammed Harbi [3]. L'Algérie étant un État tribal, l'idée d'une nation unifiée s'est par conséquent imposée par la violence et la contrainte. Les sanctions infligées par le FLN à la population algérienne ne suivant pas à la lettre ses consignes sont assez révélatrices (nez coupé,…). Déjà en 1843, Abd El Kader, émir algérien, n’échoua-t-il pas dans son entreprise d’unification des forces du pays contre le colonisateur ?

Par ailleurs, une interrogation mérite d'être posée : une fois la guerre engagée, la société rurale n'a-t-elle pas exprimé dans la violence de la guerre, la violence sociale qu'elle subissait (de par les inégalités, la misère sociale et l'humiliation) ? Encore un élément qui semble montrer que la population n'a pas été véritablement guidée par la perspective d'une construction nationale.

 

 *Et pour consolider ce sentiment national arraché et bien incertain, les révolutionnaires instrumentalisèrent l’Islam : en définissant exclusivement l'Algérien comme un musulman dont la langue est l'arabe. Le refus de cette définition étant assimilé à une traîtrise et à une francisation. C'est ainsi que l’idée d’unité, d’union nationale n’avait d’autre sens que l’idéologie de l’unique : une religion, une langue, un parti. La Charte de 1976 stipule que “ la Nation n’est pas un assemblage de peuples ou une mosaïque d’ethnies disparates. ” Cette instrumentalisation de l'Islam pour la nation a développé des sentiments ultranationalistes, augmenté le fossé entre hommes et femmes, régit la sphère privée,…

 

 *Aussi, le sentiment national a été déterminé comme moyen de défense et d’union par-delà les diversités, et non comme projet de nation. Il s’est construit et cristallisé par opposition à la France et non par la volonté d’expression de son identité propre et plurielle, et continue à fonctionner par exclusion, même si paradoxalement, le modèle colonial et républicain est omniprésent dans la société algérienne (État centralisateur,…). Or la notion de nation aurait dû être appréhendée à partir de la conception de Messali Hadj qui revendiquait en 1936 : Ni assimilation, ni séparation, mais émancipation.

 

*Et enfin, l’État français ne reconnaît significativement la guerre d'Algérie comme telle, et ne n'évoque  plus des événements, que le 18 octobre 1999. Ce premier pas marque t-il pour autant la fin des non-dits ?

 

Ainsi la libération s’est arrachée d’une part sur la négation du conflit par l'occupant, d’autre part sur des conflits de pouvoir, une confusion d'identité et une instabilité politique internes à l’Algérie.

 

La nation empêchée

 

Une fois l’indépendance acquise, les autorités algériennes s'enlisent dans des conflits de pouvoir, sans jamais tenir compte des aspirations de son peuple. Et aujourd’hui, les Algériens vivent dans un État de non-droit, où les droits les plus fondamentaux sont bafoués : droit à l’alimentation, au travail, au logement, à la santé, à l’éducation, à l’information, à l’expression, à la justice, à la sécurité, bref droit à la dignité humaine, à la dignité d’un peuple.

 

L’État manque à ses devoirs les plus élémentaires en dépit des ressources naturelles du pays et de la rente pétrolière. 20 milliards de $ de réserves entreposées dans des banques étrangères ne servent pas à l’investissement en Algérie mais au monde extérieur [4].

Sous la pression du FMI, l'État est contraint de réduire drastiquement les dépenses publiques dans des secteurs essentiels (logements, santé, éducation,…). Dans ces circonstances, comment survivre lorsque 23 % [5] de la population vit en deçà du seuil de pauvreté c’est-à-dire avec un revenu quotidien inférieur à 80 dinars (soit 1 $) quand on sait que le litre de lait est à 27 dinars, les fruits entre 80 et 150 dinars le kilo, la viande à plus de 500 dinars le kilo (et 47 % de la population vit dans la précarité). À cela s’ajoutent les pénuries d’eau. Le constat est sans appel : une famille sur 5 souffre de malnutrition.

Comment survivre quand les logements sont surpeuplés et exigus, quand les Algériens sont contraints d’habiter les cimetières, problème accentué après les intempéries dévastatrices de novembre 2001. Que dire de l’environnement, de l’eau pour partie non traitée, des décharges de plein air ( les usines de traitement des déchets étant inexistantes), …

Et ces malades qui doivent apporter avec eux le nécessaire pour être hospitalisés . Des maladies jadis éradiquées refont surface : typhoïde, choléra,…sans parler de la pénurie de médicaments et de leur prix élevé, de la mortalité maternelle importante, de la mort de bébés à la suite de vaccination...

Quant au système éducatif, le niveau d’instruction de la société algérienne est très faible, 3 % seulement des Algériens sont bacheliers, insuffisance due aux abandons, exclusions et à l’échec scolaire. La durée moyenne de scolarité est de 5,48 années alors qu’en France elle est de 19,7 années. Le système éducatif est inadapté : système bureaucratique, médiocre formation des formateurs (50 % du corps enseignant ne sont pas titulaires du bac.). La politique d’arabisation autoritaire et sauvage (menée depuis 62 et confortée depuis) a largement contribué à la détérioration de la qualité de l’enseignement. En effet, cette politique dont l’objet est de marginaliser les autres langues et parlers du pays (berbère, français, arabe dialectal qui sont pourtant les plus parlés) et d’instaurer la langue coranique a apporté une vision tronquée de l’histoire en niant l’histoire préislamique notamment et véhiculé les ferments de l’islamisme. L’éducation n’assume plus ses fonctions d’émancipation de la pensée mais de cristallisation des valeurs religieuses. Pourtant On ne peut cacher indéfiniment à un peuple son histoire. Il finit par la connaître et l’écrire lui-même. [6] Les cours sont parfois dispensés dans le froid, le noir, et dans des locaux sans portes. Le système éducatif n’offre aucune perspective sinon le chômage qui touche environ 40 % de la population active.

Et que penser de la justice lorsque la concorde civile du président Bouteflika du 13 juillet 1999 a permis de gracier les combattants islamistes armés qui déposaient leurs armes et se présentaient aux autorités. Certains auraient d' ailleurs repris le maquis. Cette loi a exonéré les repentis des poursuites pénales. Cette impunité légalisée (ajoutée à l'impunité  au quotidien, faute de procès à la suite d'actes de tortures, arrestations arbitraires, exécutions, disparitions,…) entretient un sentiment de rancœur profond et de décridibilisation vis-à-vis des autorités et de la justice qui n'assure pas son devoir d'impartialité.

La protection et l’assistance à la population ne sont pas assurées.Les massacres de Bentalha de 1997 sont perpétrés tout près d’une caserne militaire sans que les criminels en soient inquiétés. Aucune véritable enquête sur l'identité des commanditaires n'a été entreprise. Ce qui a ouvert la voie à de très larges spéculations. La population est impunémment massacrée. Amnesty International parle d’institutionnalisation de la violation des droits humains et d’impunité généralisée dont bénéficient les auteurs d’atteintes aux droits humains. Et on le sait, le périmètre énergétique et industriel, lui, est ultra sécurisé. Pour assurer sa défense, on distribue des armes à la population....

 

Une société de substitution. Devant l’absence d’état de droit, l’état de guerre, la désorganisation et la dislocation de la société s’imposent depuis 1992. C’est la lutte de tous contre tous dans un climat de peur généralisé et de suspicion.

Une véritable société parallèle de substitution se met en place pour les logements dans les bidonvilles, les cimetières, les garages, etc.

Devant les pluies diluviennes qui se sont abattues sur le pays en novembre 2001, l’État est resté absent. Seule la solidarité populaire a joué (à laquelle "s'ajoutent" des dons provenant d'empires tels que Khalifa, dons issus, semble-t-il, de la rente pétrolière). Dans tous les secteurs d’activité, il y a pénurie, alors on a recours au trabendo, l’économie informelle, échappant au contrôle de l'État. Afin d'éviter  la pression fiscale et la lourdeur bureaucratique, de plus en plus de commerçants en règle rejoignent ces marchés parallèles.

Quant à l’éducation, des écoles privées et des écoles coraniques prennent le relai. Face à l’indigence de l’enseignement, les universitaires quittent le pays (400 en 2000).

La Kabylie secouée par les événements d’avril 2001, (dont les revendications portent sur le niveau de vie et la liberté d’expression), met en place des comités de village, les aârch qui se substituent à toute forme d’organisation politique et étatique discrédités car jugés compromis avec le pouvoir corrompu. Ils gèrent alors la vie quotidienne et sont les interlocuteurs des pouvoirs publics.

Cette société de substitution qui fait en partie appel aux relations et à ses compétences en matière de débrouillardise, a pour effet de créer de criantes inégalités.

 

Censure et répression. Cette insatisfaction, et c’est un euphémisme, ne peut s’exprimer que par la violence car, ce qui caractérise la société algérienne est l’absence de débat, la censure et la répression légitimée par l’état d’urgence depuis 1992 et l’après 11 septembre 2001. Même si l'année 89 marque la reconnaissance du multipartisme et de quelques autres pseudos-libertés. La société est entièrement cadenassée infiltrée et investie par le champ policier.

Prenons l’exemple des syndicats. Si depuis 1989, il est reconnu la possibilité de former des syndicats, dans la réalité l’État ne reconnaît qu’un syndicat unique, l’UGTA (Union générale des travailleurs algériens). L’existence du contrôle sur les autres syndicats, notamment dans la procédure de reconnaissance de ceux-ci (refus de délivrance de l’agrément), est tel que leur liberté de manœuvre est très réduite.

La même chose se produit dans la presse. Elle ne jouit pas d’une grande marge de manœuvre dans la mesure où l’État est en majorié propriétaire des imprimeries, les recettes publicitaires proviennent du secteur public et l’État a le monopole de l’importation de papier. À cela s’ajoute un arsenal répressif à l’encontre des journalistes. En effet, la révision récente du code pénal alourdit les amendes pour diffamation envers les corps constitués. Ce qui a pour effet de ruiner les journaux, les amendes étant considérables, ou de s'auto-censurer. Certains journalistes sont entendus pour s’expliquer de leur propos. Et derrière l’arsenal législatif, il y a les assassinats, les enlèvements, les arrestations des journalistes et depuis le 25 mai 2002, l’interdiction à la presse internationale de se rendre en Kabylie (région la plus touchée par les contestations) et d'accéder aux informations sur les massacres, également le refus d'accorder des autorisations aux commissions d'enquête internationales.

La reconnaissance du multipartisme en 89 a conduit à créer de nombreux partis, empêchant ainsi l'émergence d'une unité revendicatrice, dispersant les contestations.

La confiscation de la parole s’exprime aussi à travers le trucage des élections. Les récentes élections législatives du 30 mai 2002 boycottées par une partie de la population et caractérisées par un taux d’abstention record depuis l’indépendance ( autour de 47,49 % ) donne gagnant le FLN ancien parti unique…

 

Non-prise en charge des revendications de la société. La confiscation de la parole s’accompagne de l’illégalité de la contestation. Le 18 avril 2001, un jeune lycéen trouve la mort dans une brigade de gendarmerie en Kabylie. C’est le début des révoltes qui vont s’étendre à l’ensemble du pays jusqu’au Sahara à Djanet le 12 janvier 2002 dont les revendications vont dépasser le cadre régionaliste dans lequel on voudrait l’y assoir. Aux cris de “ Pouvoir assassin ” “ Vous ne pouvez pas nous tuer, nous sommes déjà morts. ”, “ Pas de pardon ”, “ Non à la hogra (mépris) ”, les manifestants, durement réprimés, réclament un État de droit et moins de mépris (hogra).On compte une centaine de morts et des milliers de blessés.

Une plate-forme de revendications en 15 points a vu le jour : la plate-forme d’El Kseur. Mais aucune issue à la crise n’a encore été trouvée, si ce n’est la reconnaissance constitutionnelle du tamazigh comme langue nationale, intervenue à quelques mois des élections législatives du 30 mai 2002. La colère de la population et la répression se poursuivent.

Le civisme devient honteuse soumission. Le refus de servir est un devoir sacré, le respect du vrai. Quand l’armée est utilisée comme instrument de domination, l’armée est en révolte contre la démocratie.[7] : Voilà le sentiment qui domine aujourd’hui dans une partie du pays, le rôle de l’armée étant prépondérant.

Le refus de prise en charge des revendications de la société implique une violation des Pactes et Conventions internationaux qui constituent une protection de la population algérienne.[8]  D'autant plus que les conventions internationales priment sur le droit interne en Algérie.

 

L’Algérie est un enjeu politique et financier qui justifie toutes les abjections possibles contre le peuple algérien. Enjeu financier d’une part. La hausse du prix du pétrole a permis de dégager un excédent budgétaire, 540 milliards de dinars soit 6,7 milliards de dollars fin juin 2001 et la dette extérieure ne cesse de diminuer depuis 96. Mais le niveau de vie des Algériens est au plus bas. Cet argent est détourné et mis dans des banques étrangères au service d'une minorité alors que dans le même temps, tout est importé. L’agriculture algérienne n’assure que 25 % environ des besoins de la population. La surface agricole, déjà réduite, a baissé de plus de 40 % en 30 ans, laissant la part belle à la spéculation immobilière.

 

Dans le même ordre d’idées, l’année 2003 est l’Année de l’Algérie. Pour ces animations culturelles en France , le gouvernement algérien va débloquer 185 millions de dinars soit  2,6 millions d’euros. Une année supposée apporter au public français des éléments de compréhension de la culture algérienne et réhabiliter la culture algérienne. Comment réhabiliter la culture algérienne quand la liberté d’expression est empêchée ? Quand la majorité des programmations pour 2003 ne rendent pas visibles les vrais problèmes en se noyant dans le folklore et les divertissements. Le 18 avril 2003, alors que l'on commémorera les révoltes , on continuera en France à fêter l'Algérie…"Quand il y une date à célébrer, on sort les drapeaux, on nous sort nous aussi, et puis quand la date est passée, on nous remet dans les placards comme les drapeaux et les banderoles." [9]

 

Enjeu politique d’autre part où généraux et islamistes, généraux et généraux, se disputent le pays en le mettant à feu et à sang, se renvoyant dos à dos la responsabilité.

La gestion des crises par les autorités algériennes passe par leur inertie, l’opacité, la confusion, la division, le pourissement, dans le seul but de ménager les différents clans au pouvoir et se maintenir au pouvoir et continuer à se partager le pays. Alors même que penser l’État, c’est distinguer pouvoir et propriété individuelle. Pourtant la nouvelle  Constitution de novembre 96 renforce le pouvoir exécutif au détriment du pouvoir législatif.

Pendant la guerre de libération, on luttait pour la réapproppriation des terres confisquées par le colonisateur. La libération aurait dû se concevoir en termes de réappropriation au nom du peuple algérien et non pas au nom de l’intérêt personnel. Or aujourd'hui, la minorité aux commandes de l'État gère le pays dans son propre intérêt. Équilibriste de la discorde, elle se maintient à chaque élection (en attendant toujours les suivantes, en l'occurrence celles de 2004).

 

Une communauté internationale passive (et nécessairement complice).L’Algérie, tant sur le plan national qu’international, est un enjeu politique et financier.

Sur le plan politique, l’affaire Nezzar est assez éloquente et révélatrice du système de fonctionnement du pays. Général à la retraite, Khaled Nezzar se rend en France le 25 avril 2001 pour promouvoir son livre. Au cours de sa conférence-débat au Centre culturel algérien, il apprend que le parquet de Paris est instruit d’une plainte pour torture. Au titre de la Convention internationale contre la torture de 1984, la France est tenue de traduire en justice la personne incriminée. Khaled Nezzar met fin à sa conférence et regagne précipitamment Alger sans crainte d’être arrêté. Les autorités algériennes et françaises font valoir que Khaled Nezzar est en mission officielle et bénéficie donc de l’immunité, alors qu’il était à Paris pour la promotion de son livre…

François Gèze, dans un article intitulé  Françalgérie : sang, intox et corruption [10], apporte des éléments de compréhension quant à la passivité des différents gouvernements français face au terrorisme, à la corruption,… en Algérie. Ainsi, pour que la France n'enlève pas son soutien au régime despotique algérien, les services algériens déploient tous les moyens (y compris les attentats) pour arriver à ses fins.

Par ailleurs, il s'interroge légitimement sur l'inexistence d'une commission d’enquête internationale à ce jour alors que aucune véritable enquête nationale n’est engagée, que la désinformation de l'opinion est à son comble et que les crimes restent impunis. Le peuple algérien n’est-il pas en droit d’exiger cette commission internationale face à l’incapacité des autorités algériennes de rétablir la justice ? En réalité, il semblerait que les autorités algériennes font pression sur le gouvernement français pour que celui-ci empêche (au sein de l'ONU) la création d'une commission d'enquête internationale  en Algérie.

 

Sur le plan financier, les accords d'association avec l’UE signés en avril 2002 portent sur la libéralisation de l’économie. Mais l’article 2 de l’Accord pose comme élément essentiel d’adhésion à l’accord, le respect des principes démocratiques et des droits fondamentaux de l’homme tels qu’énoncés dans la déclaration universelle des droits de l’homme.

Par voie de conséquence, l’UE ne reconnaît pas les exactions des militaires au pouvoir et entretient donc la violence, soutient les généraux et la corruption en accordant un intérêt premier à l’aspect économique et commercial de l’Accord, l’UE s’approvisionnant en hydrocarbures (gaz et pétrole) en Algérie.

Et la perspective d’adhésion de l’Algérie à l’OMC devrait accentuer la libéralisation, et aggraver la situation économique du pays (licenciements, fermetures d’usines,…) et voir le niveau de vie des Algériens déjà bien bas se détériorer plus encore.

 

“ L’Algérie marche dans nos rêves. ” (Kateb Yacine) parce qu’il n’y a pas de coïncidence entre la société civile et l’autorité publique. Le peuple est exclu du pays et du débat. Ne serait-il pas plus simple alors pour le gouvernement de dissoudre le peuple et d’en élire un autre ? (Brecht). Or qu’est-ce-que la nation, sinon la représentation de l’identité collective par l’autorité publique, une volonté de vivre ensemble ? On peut se demander si l'État-nation n'est pas un concept étranger à l'Islam. Car l'Islam semble difficilement s'accommoder de l'idée de souveraineté populaire.

 

La place faite aux femmes est incontestablement un indicateur d’évolution de la société humaine, d’une certaine idée du respect des droits humains. Comment reconnaître l’existence des femmes à part entière quand on sait que cette reconnaissance pourrait remettre en question un système sur lequel est bien assise la nomenklatura algérienne très attachée à ses privilèges financiers et politiques.

Les femmes sont un enjeu politique. On le voit quand le président de la République A. Bouteflika a, dans un de ses discours, conseillé aux femmes d’éviter la minijupe et de fumer en public pour ne pas choquer les islamistes, et d’autre part par son immobilisme quant au code de la famille qui fait des femmes des mineurs à vie, institutionnalisant les rapports de domination et toutes les violences qui peuvent en découler, faisant des femmes victimes de viols les coupables.

Que dire de ces expéditions punitives contre des femmes seules travaillant pour subvenir à leurs besoins et assimilées à des prostituées. En juillet dernier, à Hassi Messaoud, dans un bastion en hydrocarbures ultra sécurisé, 300 à 500 personnes font irruption dans sa banlieue où logent des femmes de ménage et des cuisinières. Et c’est le carnage : viols collectifs, tortures. Pourtant, le débat reste tabou.

On le comprend bien, remettre en question le statut des femmes reviendrait à remettre en cause la lettre des textes religieux et législatif, et par voie de conséquence le fonctionnement de ces sociétés qui reposent essentiellement sur la domination masculine.

 

 

Le peuple algérien est désespérément en quête d’un lieu qui n’existe pas encore, d’une Nation utopique. D’ailleurs, un des pères de l’idée de la nation algérienne, Ferhat Abbas, ne s’exprimait-il pas ainsi en 1936 : “ Je ne mourrai pas pour la patrie algérienne, parce que cette patrie n’existe pas. Je ne l’ai pas découverte. J’ai interrogé l’histoire, j’ai interrogé les vivants et les morts. J’ai visité les cimetières. Personne ne m’en a parléOn ne bâtit pas sur du vent…”.

Les violences et les contrôles subis par la population lui permettent difficilement de se mobiliser et remettre en cause un système bien assis sur la corruption. Il lui est aussi difficile de quitter le pays comte tenu du faible nombre de visas accordés par les pays destinataires. Au surplus, une fois sur le territoire français, la communauté algérienne immigrée est surveillée de près par des agents de la Sécurité Militaire (depuis 1988 : Département de renseignement et de sécurité (DRS)), activité connue des services de renseignement français.

Mais il faut continuer d'une part de dénoncer et ouvrir les débats pour soutenir les revendications pour un État de droit et un État pour tous, pour une libération pleine et entière. Et d'autre part, essayer par-delà les résistances de dépasser les contestations corporatistes et communautaires (femmes, syndicats, presse, Kabyles, partis politiques,…) en associant la pluralité des revendications.

La cause du peuple algérien est la cause de tous les hommes libres.[11]

 

 

 

 

[1] Nation vient du latin nascere, naître

[2] Politis, 14 mars 2002, Accepter le côté sombre de l'Histoire

[3] Le Monde diplomatique, juillet 2002, Et la violence vint à l'Algérie

[4] Le Monde, 8 février 2002

[5] Les chiffres cités dans cet article sont tirés du rapport de la FIDH (Fédération internationale des ligues des droits de l’homme) n° 319 de novembre 2001

[6] Ferhat Abbas, La Nuit coloniale, éd. Julliard , 1962

[7] Manifeste des 121 publié le 06 septembre 1960 revendique pour les soldats “ le droit à l’insurrection ”

[8] Pacte international relatif aux droits civils et politiques, Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, Convention contre la torture, Convention pour l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes, Convention pour l'élimination de la discrimination raciale, Convention relative aux droits de l'enfant, Charte africaine des droits de l'homme et des peuples

[9] Zhor Zerrari, Actes de la table ronde sur "La participation de la femme algérienne dans la lutte de libération nationale" in Cahiers maghrébins, université d'Oran, juin 1988. Cité dans Algérie le livre noir Amnesty International, Fédération internationale des ligues des droits de l'homme, Human Rights Watch, Reporters sans frontières, La découverte, 1997, p. 104          

[10] Mouvements, n° 21-22, 16 mai 2002

[11] Manifeste des 121

 

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16 août 2010 1 16 /08 /août /2010 11:40

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4 mars 2010 4 04 /03 /mars /2010 16:07

Autopsie d'un exil algérien ou Lux beauté à la rose

Un récit paru aux éditions du Cygne, collection Traces, 2010 :

zalia_sekai.jpg  

La narratrice est une Parisienne.
Ses parents, arrivés de Kabylie dans les années 1960 et confrontés aux réalités de l’exil, l’imprègnent de leurs souffrances et humiliations. Une douleur physique inexpliquée par le corps médical la conduit à une errance dans les cabinets médicaux, plus froids les uns que les autres. Elle se souvient et revit la déchirure de ses parents immigrés, entre injustices et quêtes inassouvies. Comme si l’infirmité de leur exil s’était transmise. Inventée ou non, cette douleur est un langage pour entrevoir l’image du monde.





 
04

***
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Ma généalogie m’était insaisissable, presque étrangère. L’endogamie, les mariages consanguins apportaient leur lot de complications. La date d’un mariage ou d’une naissance pouvait varier d’un individu à l’autre. Car c’était les saisons, les lunes, les guerres, les famines, les enterrements, les mariages qui constituaient des points de repère, un calendrier événementiel à plus ou moins quelques jours, quelques mois voire quelques années. Les naissances pouvaient parfois être déclarées tardivement. Il arrivait même que le décès d’un enfant ne soit pas enregistré. La pauvreté et l’éloignement les tenaient isolés des administrations en ville. Et lorsqu’un an plus tard naissait un enfant du même sexe il remplaçait l’enfant défunt.
 
   Même à tenter d’écrire l’histoire, il m’était impossible de l’inscrire dans ma mémoire. Elle dépassait la petite unité familiale sclérosée de mes camarades et ressemblait davantage à une dynastie.
 
    Seulement quelques éclats d’une histoire dense. La famine de 1945 provoquée par l’invasion des criquets, et la croyance selon laquelle manger une poignée de criquets grillés les éloignerait...
    Des bribes ici et là jonchaient ma mémoire et entre chacun le vide inexplicable du non-dit et du secret. Ces vides et ces pleins me plongeaient dans l’insécurité. La frustration d’un devoir inaccompli, d’un ouvrage inachevé. Ce déficit de mémoire légitime ne permettait pas à mon corps et mon esprit de se reposer des incessantes interrogations. Leur histoire filait. L’héritage s’émiettait. En encadrant le portrait d’un grand-père paternel décédé en 1956, c’était, en y regardant de près, le portrait du colonisé et de l’immigré, leur histoire nationale que j’avais chevillé à l’entrée de l’appartement. Ce dessin, qui ressemblait à une photo à s’y méprendre, ne pouvait échapper à aucun regard. Parlez de moi semblait-il dire en fixant les visiteurs.
Une chose semblait certaine, leur passé ne pouvait s’apprendre. Il s’oubliait, il se perdait. Je me défendais d’oublier les petits restes, de faire prématurément mourir les miens. Chaque jour pourtant, je faisais vivre l’oubli et mourir les autres. Je ne lésinais par sur les moyens d’apprendre, recouper, situer, expliquer. Livres, entretiens. Peine perdue, je regardais ma mémoire. J’exigeais de moi de cultiver ma mémoire orale, peine perdue. Je courais de mes deux pieds, l’histoire de leur pays natal. J’appuyais plus fort sur la douleur en courant plus vite. De ces parents, je tentais de m’instruire en glanant. Je m’instruisais d’un départ et d’une attente sans arrivée.
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9 janvier 2010 6 09 /01 /janvier /2010 11:39

Un récit paru aux éditions du Cygne, collection Traces, 2010 :


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La narratrice est une Parisienne.

Ses parents, arrivés de Kabylie dans les années 1960 et confrontés aux réalités de l’exil, l’imprègnent de leurs souffrances et humiliations. Une douleur physique inexpliquée par le corps médical la conduit à une errance dans les cabinets médicaux, plus froids les uns que les autres. Elle se souvient et revit la déchirure de ses parents immigrés, entre injustices et quêtes inassouvies. Comme si l’infirmité de leur exil s’était transmise. Inventée ou non, cette douleur est un langage pour entrevoir l’image du monde.



 




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